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Banksy s’affiche

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Début novembre, l’artiste urbain Banksy (http://www.banksy.co.uk/) a exprimé à nouveau son soutien à la cause palestinienne lors d’un salon anglais pour le tourisme : reproduction du mur et distribution gratuite d’affiches comme prise de position.

Du 5 au 7 novembre, se tenait à Londres le World Travel Market, un salon réservé aux professionnels de l’industrie du voyage. Alors quelle surprise d’y trouver la présence de Banksy, l’un des anonymes les plus célèbres du monde. Pour exprimer son support à la Palestine, il en a investi le stand. À cette occasion, 1000 affiches ont été distribuées gratuitement chaque jour, mais surtout, une reproduction d’une portion du mur qui sépare la Palestine d’Israël avait été érigée. Une installation trop imposante selon les stands voisins ; une ironie que le Britannique ne manque pas de souligner sur son compte instagram. Elle avait pour but de promouvoir son Walled-off Hotel (http://walledoffhotel.com/) (littéralement hôtel emmuré) à Bethléem.

« L’hôtel-manifeste » en question a été réalisé avec la complicité de l’artiste palestinien Sami Musa et de l’artiste québécoise Dominique Pétrin. La pension trois-étoiles a ouvert ses portes en mars 2017 pour les 100 ans de la déclaration Balfour. (Déclaration par laquelle la Grande-Bretagne se montrait favorable à l’établissement d’un foyer national juif sur le territoire palestinien.) Le site web du lieu se vante d’offrir le pire panorama du monde : chambres avec vue imprenable sur le mur ! En plus des services classiques d’un hôtel, l’endroit comprend aussi une librairie, un musée revenant sur les grandes étapes de l’occupation, ainsi qu’une galerie exposant des artistes palestiniens qu’ils soient de jeunes talents ou déjà plébiscités comme Suleiman Mansour.

Si la participation de Palestiniens étaie l’action de l’artiste, les opinions à son sujet sont en réalité contrastées. D’un côté, il y a ceux qui voient là une opportunité pour la cause palestinienne d’être sous le feu des projecteurs. De l’autre, on lui reproche de faire du tourisme de guerre en tournant la souffrance des Palestiniens en objet d’exposition et de fournir une expérience de la colonisation qui dilue la réalité de sa violence.

Ni le stand au World Travel Market, ni Walled-off Hotel ne sont les premières actions de Banksy pour dénoncer l’occupation israélienne. Sa première visite en Palestine daterait de 2003, mais le premier projet qu’il y revendique est Santa’s Ghetto : 9 fresques sur le mur, côté palestinien, présentées à l’occasion du premier anniversaire du rapport de la Cours internationale de justice qui affirme l’illégalité du mur. Cette opération s’est faite avec d’autres graffeurs et dans le viseur des fusils de l’armée israélienne qui a dû se contenter d’alertes vu le statut de touriste de l’artiste.

La controverse était déjà là : et si au lieu de donner de l’espoir à la population, il embellissait le mur et le rendait « cool » alors qu’il ne devrait même pas exister ?

En 2015, Banksy s’est aussi rendu à Gaza où il a peint quelques fresques et réalisé une courte vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=3e2dShY8jIo) dans laquelle il jouait déjà, avec ironie, sur l’invitation à visiter la Palestine.

Nous pouvons imaginer que Banksy agit avec la plus grande sincérité, mais il est difficile de prévoir l’impact qu’aura une œuvre, comme en atteste aussi son désir de dénoncer la spéculation du marché de l’art en auto-détruisant l’une de ses créations lors de sa vente aux enchères… Ce qui a eu pour résultat d’en doubler le prix !

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