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Zeina Abirached : Beyrouthieh certes, mais illustratrice surtout

Des jolis tee-shirts brodés avec des illustrations de Zeina Abirached font l’objet d’une collection éphémère de la marque d’habits Inoui Beyrouth. La marque libanaise les présente ce mois de mai 2019. L’occasion pour Yomkom de te faire connaître le parcours de cette bédéaste !

Illustratrice, mais principalement connue pour son travail de bédéaste, Zeina Abirached est née à Beyrouth en 1981. Elle y a réalisé des études de graphisme à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA). En 2004, elle part à Paris pour suivre un cursus d’animation à l’École nationale des arts décoratifs. Et si aujourd’hui, elle partage son temps entre les deux capitales, c’est bien Beyrouth qui a été sa source d’inspiration à ses débuts.

Le film de son œuvre commence par un travelling avant. Premier plan : [Beyrouth]Catharis (2006. Ed. Cambourakis), on y découvre la rue où elle a grandi durant les guerres du Liban, non loin de la ligne verte. On avance un peu et nous voilà dans l’immeuble de son enfance au 38 rue Youssef Semaani (2006. Ed. Cambourakis)Encore un peu plus en avant, même temps, même lieu, et nous pénétrons un appartement, c’est Mourir, partir, revenir – Le jeu des hirondelles (2007. Ed. Cambourakis). Un premier grand succès couronné par une sélection au festival d’Angoulême [ndrl : un des festivals majeurs en France pour le monde de la bande-dessinée]. En 2008, il y aura aussi Je me souviens – Beyrouth (Ed. Cambourakis).

Ces débuts, c’est un besoin de raconter, besoin éclot notamment parce qu’elle a vu sa grand-mère raconter la guerre dans un reportage datant de 1984. Un désir de raconter qui lui a aussi permis, en un sens, de forger son style si caractéristique : du noir et blanc, de l’épuré ; enlever tout ce qui n’est pas nécessaire et prêter attention à la composition des cases pour laisser de la place au récit. Un style pudique aussi, qui lui permet de prendre de la distance avec ses souvenirs.

Ce style, elle le mettra par la suite au service d’autres récits comme celui de Mouton (2012. Ed. Cambourakis), adaptation de son petit film d’animation réalisé dans le cadre de ces études à Paris, ou encore celui d’Agatha de Beyrouth (2014. Ed. Cambourakis), né d’un projet à quatre mains avec Jacques Jouet à l’issue d’une performance de 3 jours réalisée en 2009. Pendant 24 heures, les deux auteurs ont travaillé avec pour unique consigne la Maison Jaune.

Agatha de Beyrouth, Cambourakis

Après, en 2015, c’est Le piano oriental qui paraît chez Casterman, un grand succès ! Elle y explore un temps de l’histoire libanaise qu’elle n’a pas vécu, les années 1960 et 1970, et le fait d’être partagé entre deux langues, l’arabe et le français. Ce bilinguisme, c’est un piano qui le porte. Un piano célèbre qui a été conçu par son grand-père. Un homme qui a réalisé son rêve fou : jouer la musique orientale, et donc le quart de ton, sur un instrument occidental, qui lui ne s’exprime qu’en demi-ton.


Prendre refuge, son dernier livre est sorti à l’automne 2018 chez Casterman, une collaboration avec Mathias Enard, prix Goncourt pour son récit La boussole en 2015. Amis avant d’être collaborateurs, Mathias Enard et Zeina Abirached n’ont pas voulu se contenter d’être un classique duo scénariste/illustrateur. C’est un vrai processus à quatre mains qu’ils ont tenté de créer pour nous livrer ces deux histoires d’amour qui se font écho. L’une se tient dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale quelque part entre l’Afghanistan et l’Allemagne. L’autre prend place aujourd’hui et évoque la Syrie.

Sans se vouloir un manifeste politique, c’est tout de même une prise de position politique et une volonté de changer le regard porté sur les réfugiés. Un livre qui évoque le sens du mot refuge quand on a perdu son chez-soi, mais aussi le refuge que l’on trouve dans l’amour… Nous, c’est dans ses pages que nous voulons nous réfugier.

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