Actu

Explosion du 4 Août de Beyrouth: Parlons-en!

On est le 4 Aout 2020, 18h07, à Beyrouth un bruit énorme se fait entendre et sentir par tout Beyrouth et à 200KM à la ronde, 2 énormes explosions soufflent tout ce qui est sur leur chemin. La ville se couvre de fumée rouge aveuglante, des débris de vitres et de pierres tapissent les rues et les voitures. Toutes sortes d’émotions nous prennent, peur, désarroi, cicatrices, sang, peur pour les autres, on se compte, on s’appelle, on essaye de se rappeler qui est où à ce moment précis. En fait on ne sait même pas encore ce que c’est, mais on a tous l’impression que l’explosion était à coté de nous, dans notre ruelle.

A la ruelle Gerios Tueni, on se regarde, on s’examine, il  y a du sang dans la chambre de Samir, il dit que ce n’est rien, une coupure à la jambe… Iris me dit qu’elle va bien mais que Anais est blessée. La vue du sang partout, le temps de savoir si c’est le nôtre ou de quelqu’un d’autre, c’est celui de qui? Chacun se demandait cette même question, dans tout Beyrouth le 4 Aout, c’est le sang de qui… mon frère? ma sœur? un de mes parents? Mon ami qui était venu passer l’après-midi tranquillement chez toi?  Il faut aussi penser appeler ses parents à Anais, leur dire qu’elle va bien…  Pour ceux qui ont eu de la chance, quelques blessures lavables dans la salle de bain, pansements et on va demander des autres. Aucun regard encore pour les dégâts matériels.

Dans les étages de l’immeuble tout le monde va bien aussi, ils sont sous le choc. Dans la rue, les klaxons assourdissants mais qui nous semblent de circonstance, les gens qui hurlent en se regardant pour s’assurer qu’ils vont bien, les autres sont muets et choqués, les yeux dans le vide. Les gens spéculent, personne ne comprend ce qui vient de nous arriver. Ils me demandent d’aller voir si Eric va bien, Antoine, Joanna et Alia sont blessés aussi, ils sont guidés à la salle de bain qui sert d’hospice pour le moment, Phillip qui a fait partie des volontaires de la Croix-Rouge dans sa jeunesse s’en occupe, le sang est partout, beaucoup, mais miraculeusement que des blessures minimes, nous ne savons toujours pas ce qui s’est réellement passé.

Et là, on commence à regarder autour de nous, à réaliser que la maison ne ressemble plus à rien, les portes explosées, les plafonds parterre, et les vitres sont désormais nos nouveaux tapis. On marche au-dessus de tout ça, on prend nos téléphones et on commence à appeler les amis… Ils vont bien… mais en fait durant 10 jours on va appeler, en se rappelant à chaque fois qui habite où…

Jusqu’à la date de ce témoignage, (parce que les nombres augmentent) il y a 171 morts, 30 portés disparus, 300,000 déplacés… ceux-là n’ont pas eu autant de chance que nous.

Chacun de nous a une histoire, un miracle, chacun y a échappé à sa façon, d’autres non, Le peuple libanais en a trop vu! Il se relève, oui, mais à chaque fois avec quelque chose en lui de cassé… Chacun de nous a un sentiment de rage, de peur, de désespoir et a envie de tout lâcher et de quitter…Ou de tout casser!  On a envie d’en parler, mais aussi de ne pas en parler…

Ecrivez-nous, dans la langue qui vous plait, on publie tel-quel, le cri de tous et de chacun sera publié sur notre plateforme!

LRK

I do not forgive and I will never forget

 

Explosion de Beyrouth: 11 chiffres à retenir

 

 

 

Cet article t'a plu? n'hésite pas à le partager

Commentaires (0)